mercredi 5 octobre 2011

Tranches De Vies Expatriées


La semaine dernière, en voulant renouveler mon abonnement, j'ai eu l'agréable surprise de découvrir la nouvelle formule du Courrier du Vietnam (en bas de page, le numéro 0) qui passera du statut de quotidien à celui d'hebdomadaire dès le mois de janvier. J'applaudis à cette nouvelle car à quoi bon s'obstiner à sortir tous les jours si c'est pour remplir les deux tiers des colonnes avec des brèves de l'AFP? 

Si je suis fidèle au canard, c'est avant-tout que j'aime bien m'attarder sur les pages culturelles (qui n'auront aucun mal à être regroupées ensemble) et, d'avantage encore, sur les excellentes chroniques de Gérard Bonnafont (à quand la publication d'un livre-recueil d'ailleurs?!!). Tenez, comme ce dernier s'est quelque peu payé notre tronche d'expats dans sa Tranche de Vie de l'édition de samedi dernier (il n'est pas sociologue pour rien!) je me permets de vous faire découvrir sa plume, ô combien drôle et pertinente. Allez, c'est parti pour un long copier-coller. Je vous souhaite une excellente lecture.


De passage au Vietnam...

Depuis quelques années, accompagnant le développement économique du pays, je croise de plus en plus d'expatriés dans les rues de Hanoi. Étrangers au pays qui les accueille, ils s'y adaptent, chacun à sa façon. Ils modèlent leur vie à un environnement nouveau pour eux, où l'étonnement peut parfois côtoyer l'incompréhension. Petite visite en pays expatrié pour une tranche de vie impertinente.

De près ou de loin! 
Il y a l'expatrié anthropologue. Celui-ci a potassé tout ce qu'il a pu trouver sur le Vietnam avant de partir: sociologie, guide touristique, histoire…, rien de ce qui concerne ce pays ne lui est étranger. Il a préparé sa famille aux us et coutumes auxquelles elle va être confrontée. Le bagage linguistique s'est même enrichi de quelques phrases de survie sociale en vietnamien. Même encore inconnu, le Vietnam lui est déjà familier… À l'arrivée à l'aéroport, il connaît son premier moment de solitude, quand en tentant d'établir un contact amical avec le chauffeur venu le chercher par un jovial "Xin chào, có khoe không?" (Bonjour, vous allez bien?), ce dernier le regarde d'un air inquiet en se demandant ce que signifie ce baragouin et s'empresse de lui demander en anglais de bien vouloir le suivre jusqu'à la voiture. Par la suite, son enthousiasme de néophyte est progressivement remplacé par un doute pascalien sur la véracité de ce qu'il a appris dans sa littérature post-expatriation! La voiture a relégué la bicyclette au rang des antiquités, et les tours de plus de 60 étages n'ont rien à envier à la tour Montparnasse. Les magasins modernes et les superettes ont remplacé les marchés de quartier, et les jeunes s'habillent à la dernière mode occidentale. Remisant sa bibliothèque dans un coin du grenier, l'expatrié anthropologue apprend très vite que le Vietnam ne s'apprend pas dans les livres, mais en allant à sa rencontre au plus profond de lui-même.
  
Encore faut-il en accepter l'exploration! Car il existe aussi l'expatrié-cocon. On dit que lorsque l'on quitte son pays, on emporte avec soi une partie de sa Patrie à la semelle de ses souliers, mais lui l'emporte dans toute sa charentaise et plus encore! Bien à l'abri dans ces grandes maisons entourées de grands murs, autour du Hô Tây (lac de l'Ouest), il regarde son pays d'adoption transitoire derrière les vitres teintées de la voiture ou par l'entremise de la personne chargée du ménage ou de la garde des enfants. S'il me vient l'envie de vivre à l'occidentale, il n'est de meilleur guide que lui. Il connaît tous les bons plans de Hanoi pour trouver le saucisson sec, le camembert, le tournedos ou un bon vin de bourgogne. Il peut même me dire où je peux manger cassoulet ou choucroute comme chez nous! Il m'apprend qu'il existe à Hanoi des bistrots qui fleurent bons l'atmosphère entre Seine et Loire. Et je suis béat d'admiration face à sa capacité de vivre pendant plusieurs années dans un pays sans apprendre un seul mot de la langue vernaculaire. Je suis aussi toujours étonné par la hauteur de vue dont il fait preuve à propos du Vietnam, due aux nombreux survols en avion d'une ville à l'autre pour comparer les délices de séjours en resorts balnéaires ou dans les grands hôtels. Grâce à lui, je découvre un Vietnam qui m'est totalement inconnu au parfum bien de chez nous!
  
Inconnu est un mot qui ne fait pas partie du vocabulaire de l'expatrié-aventurier. Lui, il veut tout voir, tout ressentir, tout consommer! Une de ses premières acquisitions, c'est la moto, et qu'importe que pour circuler il faille un permis de conduire. Accessoirement, il accepte de se prêter à l'épreuve de l'examen pour pouvoir sillonner le pays en toute tranquillité. Il choisit de poser ses valises dans une maison ou un appartement au milieu des Vietnamiens. Son plaisir, c'est de rencontrer les gens, d'aller flâner dans les rues, de manger sur les trottoirs, de tester tous les goûts, de ressentir toutes les émotions que peut procurer ce pays. Qu'il soit ici pour ses études, un stage ou un travail temporaire, il veut profiter du temps qu'il passe au Vietnam pour le prendre à bras-le-cœur. Quand il repartira, il aura dans sa mémoire les images et les sensations cueillies d'un bout à l'autre du pays, et dans ses valises, ces objets trouvés au hasard des escapades, cadeaux ou achats, que l'on conserve comme autant de morceaux d'amitiés ou d'amours passagers.
Amour! Maître mot de l'expatrié-disciple. Celui-ci est tombé amoureux du Vietnam au point qu'il devient plus Vietnamien que les Vietnamiens! Entre ses cours de vietnamien, ses séances de tai-chi et ses exercices de Viêt Vo Dao, il court de musée en musée pour s'imprégner de l'histoire, de l'art, des mœurs. Il court les tailleurs pour se faire faire sur mesure des tuniques en soie, et c'est tout juste s'il n'arbore pas un "non" (le chapeau conique) en toute occasion! À en faire trop, il est souvent cocasse, mais tellement émouvant dans son envie de se fondre dans le pays qui l'accueille...
Et puis, et ce sont les plus nombreux, il y a tous ceux qui sont un peu de tout cela: intéressés, étonnés, parfois inquiets, toujours curieux, qui, même provisoirement, cherchent à s'installer le mieux possible dans ce pays tellement déconcertant. Heureusement, les Vietnamiens sont toujours prêts à servir de cicérone aux nouveaux arrivés. Certes, parfois l'aide et les conseils des premiers jours se transforment en maternage au fil du temps. Il faut alors se faire une douce violence pour prendre son envol, explorer selon ses envies les multiples sensations qu'il reste à découvrir..., en attendant le jour où, rappelé dans son pays d'origine, on deviendra un ex-expatrié auréolé du mystère de celui qui y a vécu, là-bas dans le pays du Sud lointain!
Et puisqu'il faut être impertinent, pour terminer, une petite devinette: quelle est la différence entre un expatrié et un touriste? La bouteille d'eau minérale à anse qui accompagne le second toute la journée …


PS: Même en passant au peigne fin le site web du Courrier du Vietnam je n'ai pas trouvé de rubrique recensant les anciennes chroniques. Il est néanmoins très facile de les retrouver en lançant une recherche in situ via les mots clés "Gérard Bonnafont" ou "Tranche de Vie".


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4 commentaires:

  1. Jolie chronique, je vais me mettre en chasse des autres Tranches de vie, j'ai beaucoup aime. Et j'ai bien ri, surtout au passage des expat-cocon. Meme ici, j'en connais et decidement, je ne les comprends pas...

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  2. Fais-toi plaisir. Ce sociologue collabore au journal depuis au moins 4 ans. A raison d'une chronique par semaine, ça en fait de la lecture! ;)

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  3. Bonjour! J'ai découvert ton blog récemment, et quelle belle découverte! Tes récits m'ont rappelé mon (modeste) voyage dans le nord Vietnam l'année dernière. Expatriée depuis 8 ans à Londres et sur le point de partir vers ma prochaine expat à l'autre bout du monde, j'ai beaucoupé apprécié de lire cette chronique, on se retrouve bien dans les différents profiles, et on dirait bien qu'on a tous dans son entourage d'expat un "co-con" ;) - je m'en vais googler Gérard Bonnafont -- à bientôt!

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  4. @juliette: Ravie de t'avoir rappelé de beaux souvenirs! :) Ta recherche sur G. Bonnafont sera sans doute plus fructueuse sur le site du Courrier du Vietnam.

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